UNDER THE SKIN

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Le travail de Juliette Bellec se situe à distance du portrait au sens classique. Les visages qu’elle peint, volontairement indéterminés, ne renvoient ni à des identités ni à des individus, mais à des états. Leurs regards abaissés, mi-clos ou latéraux ne cherchent pas la rencontre. Les titres des œuvres — La Vigie, En Transit, Le Séminariste — désignent des figures de seuil : celui qui observe, celui qui passe, celui qui attend.

Ces figures relèvent d’une forme d’archétype instable, où se condensent tensions, fragilités et zones de bascule. La peinture devient ainsi le lieu d’une exploration de l’intériorité, non comme espace psychologique fermé, mais comme champ traversé par des forces contradictoires. Son travail s’oriente vers les zones de doute, de rupture et de tension qui traversent les existences.

Son parcours antérieur de caméraman et de réalisatrice de documentaires — enjeux médico-sociaux, existences en survivance — constitue un socle critique à partir duquel sa peinture interroge la représentation de l’humain dans ce qui lui permet de durer. Le retrait, ici, est une réponse : se tenir à côté du monde pour y résister.

Dans son atelier de Douarnenez, Juliette Bellec peint à l’acrylique, sans dessin préparatoire. La figure advient par la couleur — des bleus, des mauves, des verts qui traversent la chair et instaurent un écart avec le naturalisme. Le processus procède comme les existences qu’il figure : ce qui semblait tenir se défait, s’ajuste, se reprend — par effacements successifs, par repentirs. La peinture progresse jusqu’à ce qu’une configuration s’impose, capable de soutenir la tension interne de l’image.

L’œuvre de Juliette Bellec se déploie dans une zone d’instabilité assumée. Ce qui résiste à la lisibilité, ce qui demeure ambigu ou en suspens et le trouble qui en résulte constituent un point d’ancrage pour le regard. Les figures qu’elle propose instaurent une relation de confrontation retenue : elles font face, vigilantes, depuis le lieu qu’elles ont choisi. Sa peinture engage le spectateur dans un rapport au sensible en homéostasie, maintenu en suspens, sans résolution.

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Juliette Bellec’s work stands at a remove from portraiture in the classical sense. The faces she paints, deliberately indeterminate, refer neither to identities nor to individuals, but to states. Their downcast, half-closed or sidelong gazes do not seek encounter. The titles of her works — La VigieEn TransitLe Séminariste — name threshold figures: the one who watches, the one who passes, the one who waits.

These figures belong to an unstable form of archetype, where tensions, fragilities and tipping points converge. Painting becomes the site of an exploration of interiority — not as a closed psychological space, but as a field traversed by contradictory forces. Her work turns toward the zones of doubt, rupture and tension that run through lived existence.

Her earlier career as a camerawoman and documentary filmmaker — medico-social concerns, lives held in bare survival — forms the critical ground from which her painting interrogates the representation of the human in what allows it to endure. Withdrawal, here, is a response: to stand alongside the world in order to resist it.

In her studio in Douarnenez, Juliette Bellec paints in acrylic, without preparatory drawing. The figure comes into being through colour — blues, mauves, greens that move through the flesh and open a gap with naturalism. The process unfolds in the manner of the existences it depicts: what seemed to hold comes apart, adjusts, takes shape again — through successive erasures, through pentimenti. The painting advances until a configuration imposes itself, capable of holding the internal tension of the image.

Juliette Bellec’s work unfolds in a zone of acknowledged instability. What resists legibility, what remains ambiguous or in suspense, and the unease this produces, form an anchoring point for the gaze. The figures she offers establish a relationship of restrained confrontation: they face us, watchful, from the place they have chosen. Her painting engages the viewer in a relation to the sensible held in homeostasis — suspended, without resolution.

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